Matteo
Ricci

Présentation du projet

Le projet Matteo Ricci est centré sur la publication numérique de la correspondance du missionnaire jésuite pour la première fois en français. S’il existe deux éditions en langues originales de ses lettres, celle de Pietro Tacchi Venturi de 1913 et celle de Filippo Mignini en 2001, jamais encore elles n’avaient fait l’objet d’une traduction in extenso et d’un appareil critique approfondi. L’inventaire donne accès au descriptif de chaque document, à son édition critique et à sa traduction. Celui-ci sera s’enrichi de la correspondance passive et des dernières lettres en chinois récemment retrouvées et en cours d’authentification. L’idée est de mettre ce travail inédit en perspective avec les autres productions de Ricci notamment son journal de mission, ses œuvres chinoises et une riche iconographie. La thésaurisation de tous les documents réunis ici (notices biographiques, images, notices thématiques...) permettra un accès à la vaste production de Matteo Ricci et à saisir un peu mieux la complexité de cette figure unique de l’histoire des relation entre l’Occident et la Chine.

Démonstration

Matteo Ricci (Macerata, 6 octobre 1552 – Pékin, 11 mai 1610)

Les biographes ont souvent pointé la coïncidence de date de la venue au monde de Ricci avec celle de ma mort de François Xavier sur l’île de Shang Chuan, aux portes de la Chine, comme un signe du destin qui attend le futur missionnaire de Macerata. Sa trajectoire romanesque a en effet nourri la légende du personnage. Matteo Ricci naît au sein d’une famille aristocratique des Marches. Giovanni Battista, son père, est apothicaire et a été gouverneur dans les Etats pontificaux, Giovanna, sa mère, s’occupe des douze enfants dont Matteo est l’aîné. Le prêtre Nicolò Bencivegni fut son premier précepteur dans une ville qui devint, sous l’impulsion de Paul III et des jésuites, un centre d’études. Dès 1561, Matteo fréquente la maison des jésuites puis le Collège où il étudie les humanités et la rhétorique.

Rome 1568 - 1577

Il part faire son droit à la Sapienza. En 1571, il entre au noviciat des Jésuites de Saint-André du Quirinal. En l’absence du maître des novices Fabio de Fabiis, Ricci est accueilli par Alessandro Valignano qui deviendra son supérieur et meilleur soutien dans l’entreprise de Chine. Le jeune homme se déleste de tous ses biens matériels à savoir une cape de satin, quatre chemises, trois mouchoirs, une serviette et trois livres latins : un livre d’histoire romaine, le Lucius Florus, un livre de recettes médicinales de saint Pantaléon et un guide médiéval d’art romain, le Mirabilis Urbis Romae. Ce même 15 août, il rédige le premier document connu de lui à ce jour, en forme de profession de foi, où il promet « avec la divine grâce d’observer toutes les constitutions, toutes les règles et la manière de vivre de la Compagnie et être indifférent et résigné à être admis au grade et à la charge que la Compagnie jugera, et faire tout ce qui sera ordonné par l’obéissance » Les biographes de Matteo Ricci nous disent que son père, Giovanni Battista, ayant appris la nouvelle de l’engagement religieux de son fils, se mit en voyage pour Rome afin de l’en empêcher. À Tolentino, il est terrassé par une soudaine fièvre qu’il interprète comme la volonté divine de ne pas s’opposer à la vocation de son fils. En janvier 1572, il fréquente la maison la maison professe près de l’Eglise du Gesù. Le 25 mai, jour de la Pentecôte et de l’élection de Grégoire XIII, il déclare sa profession religieuse dans l’église Santa Maria della Strada, près du Capitole. En juin de la même année, il est envoyé dans un collège toscan, probablement à Florence à l’église San Giovannino, pour y étudier les humanités sous la direction de l’un de ses futurs correspondants Martino de Fornari. En 1573, il entre au Collège romain où il reçoit une formation humaniste et scientifique, notamment auprès de Christophe Clavius qui lui enseigne la géométrie, l’astronomie, la cartographie et les arts mécaniques. En 1576, il assiste à une conférence donnée par Martino Da Silva de retour des Indes auquel il se lie et demande à figurer sur la liste des indipetae, les candidats à la mission aux Indes orientales. Sélectionné parmi les meilleurs candidats, il embarque à Livourne pour Lisbonne où il arrive en juillet 1577.

Lisbonne et Coimbra 1577 - 1578

En attendant la nouvelle flotte pour les Indes, Ricci est envoyé Coimbra où il part suivre un cours de théologie. Le 20 mars 1578, 14 jésuites sont reçus par le roi Sébastien au palais d’Almeirim. Le 23 mars, les missionnaires sont accompagnés par une procession jusqu’à la Tour de Belém où les attendent trois galions. Ricci appareille sur le Saint-Louis. Après six mois de navigation, Ricci arrive à Go suivant les pas François Xavier.

Goa et Cochin 1578-1579

Il enseigne les humanités et la rhétorique notamment à des catéchumènes et à des néo-convertis indigènes.

Macao 1582-1583

Il étudie intensément la langue et l’écriture du mandarin.

Zhaoqing 1583-1589 

Ricci et Michele Ruggeri obtiennent la permission de s’installer à Zhaoqing dans la province du Guangdong, pour y construire une résidence et une chapelle, à condition de renoncer à quitter la Chine, d’y mourir et de prendre les habits des bonzes et donc de se raser barbe et cheveux. Le climat est hostile mais Ricci n’a de cesse de partager son émerveillement dans sa correspondance avec l’Europe. En 1584, il traduit le Décalogue, le Credo, le Pater et l’Ave Maria en chinois et rédige avec Ruggeri un ouvrage d’apologétique chrétienne le Tianzhu shilu « Véritable exposition [de la doctrine] du Seigneur du Ciel ».

Shaozhou (Shaoguan) 1589-1595

Persuadé que l’« on fait davantage avec les livres qu’avec les mots » il décide d’apprendre par cœur les classiques du confucianisme et traduit en latin les Quatre livres. Cette traduction qu’il destine à la Compagnie de Jésus sera pendant plusieurs siècles le socle de connaissance de la Chine en Europe. Ricci souhaite parvenir jusqu’aux deux capitales de l’Empire, Nankin et Pékin. La rencontre avec le puissant mandarin Scielou lui en offre l’occasion. Le mandarin espère que Ricci pourra soigner son fils atteint de dépression à la suite d’un échec à un examen impérial. Ricci décide de se défaire de la robe du bonze et d’opter pour la soie des lettrés confucéens, les moines bouddhistes étant considérés par l’élite chinoise comme des ignorants aux mœurs peu recommandables.

Nanchang 1595-1598

Ne pouvant obtenir de sauf-conduit pour Nankin, Ricci s’installe à Nanchang où il se crée un réseau de connaissances et d’amitié avec mandarins et lettrés. Il compose et offre au prince de Jian’an son traité de l’amitié ou Jiao you lun. Ricci compose un traité de mnémotechnique que lui avait commandé par le gouverneur Lu Wan’gai pour ses propres enfants, la Méthode mnémotechnique des pays d’Occident. Lors d’un banquet, le gouverneur avait assisté aux prodiges de mémoire de Ricci et de ses facultés hypermnésiques. Ces deux ouvrages, d’essence profane, furent décisifs pour la suite de son aventure transculturelle, linguistique, scientifique, artistique puisque ils permirent sa rencontre avec le ministre des rites Wang Zhongming, personnage éminent à la cour de Pékin. Ricci, fort de sa réputation de mathématicien, est désigné pour l’accompagner dans la révision du calendrier.

Nankin 1598-1599 

Jouissant de protections de haut rang, Ricci fonde une nouvelle résidence à Nankin. Il construit plusieurs instruments pour l’observatoire astronomique et enseigne aux mathématiciens de la Cité la science occidentale, parmi lesquels Xu Guangqi, ministre et membre de la puissante académie de Hanlin. Celui-ci devient son ami et protecteur et assurera après sa mort la diffusion de son héritage.

Pékin 1601 - 1610

Ricci arrive à Pékin le 24 janvier 1601. Le lendemain il se rend au palais impérial pour livrer les cadeaux aux eunuques du ministère des cérémonies : deux huiles, une grande horloge mécanique, une horloge de table qui sonnait les heures et un clavicorde. Il enseigne aux mathématiciens du palais le fonctionnement de l’horloge et avec Pantoja l’art du clavicorde. Les eunuques chantent pour l’empereur les huit chansons composées par Ricci en chinois sur demande de celui-ci. Ricci est élevé au grade de mandarin sans fonction et bénéficie d’une rente impériale. En 1602, Ricci fait imprimé sa 3ème édition de sa Mappemonde. En 1603, il compose en chinois Les vingt-cinq sentences, un traité de philosophie morale inspiré du manuel d’Epictète et lance la révision du calendrier chinois sur le modèle grégorien. En 1607, avec Xu Guangqi, Ricci traduit en chinois les six premiers volumes de la Géométrie d’Euclide et les œuvres de Christophe Clavius comme l’Astrolabe et le Commentaire au traité de la sphère de Sacrobosco. Ces deux traités connaissent un large écho et donnent un grand crédit à Ricci. En 1608, il offre à l’Empereur son traité d’éthique naturelle les Dix paradoxes ou Dix chapitres d’un homme étrange ( Jiren shipian ). En 1608, il fait imprimer une 5 e édition de la Mappemonde et rédige son journal de mission le Dell’Entrata della compagnia di Giesù e Christianità in Cina . En 1609, à la demande de l’Empereur paraît une 6 e édition de la Mappemonde . Il meurt en 1610 et est enterré dans une concession impériale.